Lyrics

Lundi 10 décembre 2007
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Je parle de moi, de bagne, de madras, de pagne, de ma race qui saigne, de leurs lois qui règnent, de larmes, de grogne, de hargne, d’ivrognes, de polices qui brandissent leurs armes sans vergogne ; de crimes, d’intérim, de déprime, de ceux et de celles qui ne riment plus à rien et se suppriment ; ceux qui prennent Deroxat, Esperal et Tranxen, Assimil, Athimyl, Laroxyl et toxines ; de routine, drogues, nicotine, frères qui cantinent, pères qu’on piétine, familles nombreuses et clandestines, mères qui s’obstinent, patrons qui volent et baratinent, gosses qu’on destine au béton depuis la tétine ; de platines, micro/feutrine, de péter les vitrines, de leur doctrine, leur drapeau qu’ils veulent me foutre sur la poitrine, de leurs sirènes qui s’illuminent comme à la fête foraine, de mes migraines que j’élimine à grands coups de cachets d’aspirine ; de ma haine de l’insigne, d’esquiver leurs consignes quand ils m’assignent dans mes tours et c’est ma mort qu’ils signent, de cramer leurs enseignes, des mensonges qu’ils m’enseignent et de Paname qui baigne dans la panique quand les lumières s’éteignent ; et des teignes qui veulent le fric de l’avenue Montaigne, ne craignent que dalle, encore moins qu’une balle les atteigne, de mon hymne, de mon âme, mon patronyme, ma flamme, mon patrimoine, mes problèmes, mon emblème et mes blâmes ; de leurs programmes, leurs forums et referendums, des dilemmes et drames de milliers et de millions de femmes et d’hommes, de mes oedèmes, mises en garde, mises en bière et en berne, de mises en accusation et surtout de prison ferme ; de mes séquelles internes, de mon journal intime, de mon état-civil infâme et de mes chances infimes, et des normes qui m’enferment, de l’antenne qui informe que les clichés sur nous sont bien réels et conformes ; de l’usure, de l’usine, de poison, de résine, de mes lésions par dizaines face à leurs limousines, des bidons de magazines, ces torchons de seconde zone qui parlent des basanés comme s’ils trouaient l’ozone, des sales putes que je désigne comme des traîtres, des indignes, qui se plient devant peu d’oseille et en un mot se résignent ; de mes lignes que j’aligne, de mon avenir qui s’éloigne et de mes récits qui me soignent et aujourd’hui témoignent. Alors je cogne et on me cogne, je cogne et on me cogne, je suis constamment en colère, en furie, en rogne. Je suis l’expert en rimes, extrême dans mon crâne. Je suis l’exclu qui s’exprime, gueule et s’exclame.

L'exclu. Casey. Maxi "Ennemi de l'ordre". ( 2006 - Anfalsh)
Par BigSur
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Dimanche 9 décembre 2007

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Voici les cadavres que la police ne veut pas voir, dissimulés au soir sous la pénombre d'un dépotoir. Un sacré beau paquet de dépouilles empilées, ça fait des monceaux de têtes renversées, les yeux et la bouche en cendres. Ça coule, de grandes flaques rouges hérissées de mains crispées qui cherchent encore à comprendre. Mais pas de lueurs pour les cafards a répondu l'ordre, et le sang sèche et vire au noir à l'abri des mémoires, dans le silence qu'il faut croire complice des gyrophares, des porcs armés aux trousses qui d'une balle plongent la course dans le caniveau du non-lieu, où un juge nettoie les lieux, et sans bruit, sans cri se referme alors un de ces casiers métalliques de l'oubli, du déni. L'infamie en robe de magistrat, la sainte loi, le droit bourgeois sur le front des victimes d'Etat distribue les crachats.

Une rumeur provient du bas, échappe au brouhaha. On entend alors clamer : "Pas de justice, pas de paix"

Ni les barricades éteintes sur des chemins recouverts de milles éclats de verre où fument les carcasses éventrées de voitures calcinées ; ni la colère privée d'ailes, ni le désespoir tout au bout des pierres et des cocktails balancés à genoux ; ni les barres de fer tordues sur les boucliers de l'ordre gonflés de noirs et d'opprobre ; ni les horizons barrés par les corbeaux et les hyènes, ni tous ces rêves aspergés de gaz lacrymogène ; ni les gerbes fanées aux pieds des portraits assassinés ; ni les phrases amères que mâchent de trop vieux patriarches usés par la chaîne, par le mépris et le temps ; ni les larmes acides des mères, ni la sueur ni le sang de la classe ouvrière : rien ne se perd. Rien ne se perd, tout se transforme. Et le brasier crépite, et le brasier crépite, et votre putain de temple n'attend plus qu'on le dynamite.

Une rumeur provient du bas, échappe au brouhaha. On entend alors clamer : "Pas de justice, pas de paix"


La Rumeur. Pas de justice, pas de paix. (L'entreVolet. 2000 et Les Inédits. 2007)
Par BigSur
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